Les cahiers nouveaux - 86 - page 85

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Si elles tracent incontestablement un passage
à travers les Fagnes, leurs significations, proba-
blement multiples, restent en partie obscures et
mystérieuses.
Les familles Hauptmann et Panhaus adhéraient
incontestablement aux idées de la Réforme. Il est
probable que ces colonnes aient eu un rôle dans
ce contexte en servant à guider des protestants,
mis à la porte des églises catholiques, vers des
lieux de prédication en plein air.
Ces trois monuments remarquables, tant par
leur signification historique qu’esthétique, ont
malheureusement été dégradés et renversés à
plusieurs reprises. Le Boultè se compose d’une
colonne de quatre mètres cinquante centimètres
de haut surmontée d’une pomme de pin, pro-
venant vraisemblablement de l’ancien perron
de Malmédy. Ironie de l’histoire, il sera renversé
en 1878 par l’administration allemande pour
éviter toute confusion avec les bornes frontières
avant d’être redressé au 20
e
siècle. La colonne
Hauptmann semblable au Boultè ne conserve que
son socle cubique et la colonne Panhaus garde
son socle et une partie de son fût d’origine.
Les bornes mémorielles
Les bornes ont aussi une fonction mémorielle et
conservent dans les lieux une trace des événe-
ments qui s’y sont déroulés.
Posées tous les kilomètres depuis la côté nor-
mande, les bornes de la Voie de la Liberté tracent
la progression de l’armée américaine depuis la
plage Utah du débarquement jusqu’à la desti-
nation finale de Bastogne, après être également
passées par Arlon. Une réplique de la Statue de la
liberté émergeant des flots figure sur chacune de
ces bornes. C’est un officier français, le comman-
dant de la Vasselais, qui aura l’idée de cette « voie
sacrée» réalisée entre 1945 et 1947.
Enfin, vingt-six bornes commémoratives, des
plaques de schiste, marquent sur le territoire
wallon les limites de l’avancée allemande lors de
l’offensive des Ardennes. Cette commémoration
est à la hauteur des énormes pertes parmi les
populations de la région : la Bataille des Ardennes
fit près de 3000 victimes civiles belges. Sur cha-
cune de ces plaques, un char allemand mis hors
d’état de combat est représenté avec l’inscription
« Ici fut arrêté l’envahisseur allemand».
Tout récemment, même si cela sort du champ
strict des bornes, des pavés de la mémoire, des
«stolperstein» (pierres d’achoppement) de 10 cm
de côté, sont insérés dans les trottoirs devant les
maisons où vivaient des personnes déportées
et assassinées dans un camp de concentration
ou d’extermination nazi. Comme dans de nom-
breuses villes européennes, des stolperstein ont
été placées à Liège en 2010 (rue Matrognard 7 et
rue Édouard Remouchamps 27 A).
Dans leur diversité, toutes ces bornes jalonnent
tout autant l’histoire des hommes, des collectivi-
tés que celle des territoires.
Elles méritent, outre un regard attentif, d’être
protégées et mises en valeur dans le cadre de la
politique touristique de la Wallonie.
De haut en bas:
Borne du Boultè dans
les Fagnes.
Photo Guy Focant, © SPW
Borne mémorielle en
schiste de la bataille des
Ardennes, à Foy-Notre-
Dame.
Photo Guy Focant, © SPW
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