Les Échos du Logement n°126

27 JEAN-MICHEL DEGRAEVE ARCHITECTURE, ESPACES ET GENRE des rôles. Les hommes cuisinent de plus en plus et les femmes parcourent les allées des magasins de bricolage. L’éducation des enfants de familles plurielles est partagée entre les parents. Un effacement du genre se met progressivement en place, à l’image des jeans unisexes. L’abandon des stéréotypes culturels de genre transforme l’organisation spatiale par l’apparition de lieux dégenrés dans lesquels il n’y plus de discrimination en fonction du genre. Par exemple, la réunion de la cuisine et du coin à manger en rem- placement de la cuisine laboratoire permet un meilleur partage des tâches ménagères. La cuisine n’est plus un lieu exclusivement féminin mais devient un espace partagé par l’ensemble des membres de la famille. Une neutralité spatiale Cette approche dégenrée du logement remet fondamentalement en cause la spécialisa- tion fonctionnelle des locaux d’habitation. Le retour à des pièces d’habitation polyvalentes et multifonctionnelles permet de moins défi- nir les rôles en fonction du sexe. Dépassant la question du genre, la neutralité des pièces d’habitation répond également aux évolutions sociétales. Le développement du télétravail et d’activités complémentaires transforme l’espace domestique en un espace de travail. Les familles recomposées nécessitent une occupation variable du logement afin d’ac- cueillir des fratries à composition irrégulière. Le salon peut devenir la chambre des parents moyennant l’installation d’un canapé-lit. Enfin, les nouveaux usages – loisirs créatifs, jeux vidéos… – engendrent la multiplication d’espaces d’occupation individualisée. Une habitation dégenrée devient un assemblage de pièces neutres, non nommées ou quali- fiées dont les dimensions répondent aux fonctionnalités de l’habitation tout en offrant la flexibilité nécessaire. Ce nouvel aménage- ment nécessite une technique constructive adaptable, par exemple sur le principe d’une structure poteau/poutre remplie de cloi- sons modulables. Ce principe de neutralité est également applicable à l’environnement des logements. Il faut sortir d’une division sexuée d’espaces affectés à des groupes spécifiques, comme des plaines de jeux pour les mamans et les enfants ou des infrastruc- tures sportives ciblant essentiellement les hommes. Il est indispensable de prévoir une occupationmoins qualifiée de l’espace public en offrant par exemple des revêtements de sol sans signification d’utilisation afin de per- mettre des pratiques sportives non sexuées ou la mise en place de jeux collaboratifs. Ce rapide survol de l’évolution du rapport entre les sexes dans l’habitation illustre le passage d’une occupation genrée de l’espace domestique à une organisation spatiale dégenrée. L’abandon progressif du partage traditionnel de rôles genrés permet aux femmes de sortir de la sphère privée et de s’introduire dans la sphère publique. Cette prise en compte de la question du genre s’inscrit plus globalement dans la lutte contre toutes les discriminations qui doit être pour- suivie afin de renforcer l’égalité entre toutes les personnes. � � La cuisine fonctionnelle, symbole de l’organisation genrée du logement. Couverture de «La cuisine moderne» de P-L.Flouquet paru en 1949. © Editions Art et Technique � La grande cuisine-salle à manger, ébauche d’une neutralité des pièces d’habitation. © JM.Degraeve

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