Les Échos du Logement n°126

09 MARJORIE LELUBRE VIVRE L’EXCLUSION DU LOGEMENT AU FÉMININ augmentation est à comprendre en miroir d’un autre phénomène, qui lui est attesté par l’ensemble des données de fréquenta- tion des différents services d’aide aux per- sonnes sans-abri, à savoir une augmentation continue de la population sans-abri dans son ensemble. Face à ces deux constats, nous ne pouvons que nuancer fortement une éven- tuelle féminisation du sans-abrisme. Pour autant, si le nombre de femmes en rue demeure relativement stable et moindre que celui des hommes sans-abri, et alors même que la littérature met en avant leur plus grande fragilité en la matière (Ber- nard, 2007), où sont les femmes confrontées à l’exclusion du logement ? C’est ici que la distinction entre personnes sans-abri et per- sonnes sans logement prend tout son sens. Une prise en charge à long terme pour les femmes, d’autant plus lorsqu’elles sont mères Nous défendons ici l’hypothèse d’une orien- tation privilégiée des femmes vers les struc- tures d’hébergement de longue durée (de type maisons d’accueil). Deux phénomènes concomitants peuvent l’expliquer. D’une part, l’histoire du secteur en lui-même a fait de l’hébergement des femmes la raison d’être de nombreuses structures encore actives aujourd’hui (De Backer, 2007). D’autre part, il y a une volonté de protection du secteur et de ses acteurs envers les femmes, et en particulier les mères. Pour ce qui est de l’organisation du secteur de prise en charge, la répartition des places d’hébergement illustre cette orienta- tion genrée. Si l’on se base sur les données de l’Association desmaisons d’accueil et des services d’aide aux sans-abri en Belgique francophone (AMA), pour les 54 institutions pour lesquelles les informations sont dispo- nibles, on comptabilise 1 727 places. Une place sur deux (51%) est réser- vée aux femmes avec ou sans enfants ; une place sur quatre (25%) est dédiée aux hommes seuls ; une place sur cinq (21%) est désignée comme modulable en fonction de la demande. Enfin, 2% sont réservées spé- cifiquement aux femmes seules, tandis que le pourcent restant est attribué aux femmes ou hommes sans enfants. Ce tableau – non exhaustif car basé sur les données dispo- nibles en ligne – nous permet de dresser deux constats complémentaires. En premier lieu, nous notons une offre orientée préférentiellement vers les femmes. La structuration par genre fait ap- paraître qu’au moins une place sur deux leur est dévolue. Il s’agit, toutefois, de nuancer ce constat. En effet, les places ici considérées concernent les femmes accompagnées ou non d’enfants. Dans les faits, la consultation des rapports d’activités de plusieurs de ces structures révèle un ratio d’un tiers d’adultes Fabienne Denoncin est Juge de Paix à Châtelet et à eu l’occasion de réaliser plusieurs reportages photos en lien avec le sans-abrisme et le parcours de femmes qui ont vécu dans la rue. � Abri de nuit pour femmes à Charleroi. © Fabienne Denoncin

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